Sonia Barkallah : Martigues

 
 
Au mois de mai dernier (2006) nous vous avons présenté Sonia Barkallah et son projet des Premières rencontres internationales sur les expériences de mort imminentes. Elles se sont donc déroulées le 17 juin dernier à la Halle de Martigues et ont accueilli plus de 2 000 personnes.

    Elles constituent de ce fait, sans aucun doute, la manifestation la plus importante organisée en France dans notre domaine, depuis bien longtemps. Il semble même que, en ce qui concerne les NDE, elles n’aient pas encore eu d’équivalent, en Europe et sans doute dans le monde entier.

    Il faut donc saluer à nouveau le courage et l’opiniâtreté de Sonia Barkallah qui, de sa propre initiative, a su imaginer et concevoir cette manifestation et trouver les moyens pour la réaliser. On imagine sans mal l’opiniâtreté qu’elle a dû montrer pour obtenir les appuis dont elle avait besoin, pour convaincre et les uns et les autres, et notamment les intervenants venus d’Europe et d’Amérique du Nord.

    Ce sont des mois de préparation, de déplacements, de soucis de toutes sortes, moraux mais aussi financiers, qu’elle a dû affronter, sans aucune expérience préalable et avec la fatigue et le stress auxquels il est difficile d’échapper dans le cadre d’une manifestation de cette ampleur.

    Le succès a donc été au rendez-vous au terme de cet immense effort de préparation. Il fallait le saluer et aussi examiner avec son initiatrice la portée de l’événement qui paraît, d’ors et déjà, avoir un large retentissement, dépassant largement l’hexagone.




RAD    Le 17  juin est déjà loin. Êtes-vous remise de votre fatigue et de vos émotions ?

SB        À peine, à vrai dire ! Une fois l’événement passé, il faut gérer l’après, comme on dit. Et puis, sans transition, il m’a fallu passer à une autre phase de mon projet : le DVD, ainsi que la réalisation de la chanson (Si c’était à refaire, par la Québécoise Mélanie Noël De Tilly) qui fait partie du film documentaire. La chanson, à elle seule, a généré de multiples déplacements à Nice et à Marseille.

    Je ne vous parlerai pas de tous les appels téléphoniques que j’ai reçus des participants qui voulaient m’exprimer de vive voix leur joie d’avoir pu assister à cette rencontre et l’enrichissement qu’ils en avaient retiré. Des moments intenses pour moi.

    Oui, ça va, mieux…


Pour commencer, parlons un peu logistique. Quelques chiffres !

    Tout d’abord, j’avais une petite équipe autour de moi constituée de : Xavier Rodier, Jocelyn Morisson, Martine Deloupy et Isabelle Forner qui était la régissseuse générale. Toute la manifestation a été filmée par Frédéric Daudier qui disposait de 3 caméras Betacam dont les images étaient projetées sur 2 écrans de grande dimension (6 m x 4,5 m).

    En raison de la diversité de nos intervenants, nous avions mis en place une cabine avec deux interprètes anglais-français.

    Par ailleurs, compte tenu de l’affluence attendue, j’avais retenu le service d’une dizaine d’agents de la sécurité.

    Enfin j’ai pu compter aussi sur une vingtaine de personnes, de l’association Astromela (troupe de théâtre !) indispensables au bon déroulement de la journée qui étaient chargées de l’accueil, de la billetterie, du contrôle, de l’aide pour le buffet.

    Quant à la presse, une vingtaine de journalistes était présente pour couvrir la manifestation.


Votre pari tenait de la gageure, mais vous l’avez gagné. Combien y avait-il effectivement de personnes ce jour-là à la Halle ?

   D’après les remontées dont je dispose maintenant, je peux dire que nous étions un peu plus de 2 000 personnes. Compte tenu que certaines sont venus le matin, et d’autres l’après-midi, le chiffre des personnes qui se sont déplacées est donc supérieur en fait à ce chiffre. Certains journalistes nous ont crédités d’une affluence flatteuse mais quelque peu surestimée.


D’où venaient toutes ces personnes ?

   Certaines sont venus de très loin : du Québec, de Belgique, de Suisse, et des DOM-TOM (Antilles), etc. Soit quand même une bonne centaine de personnes, ce qui n’était pas évident pour une manifestation se déroulant dans une petite ville comme Martigues.

    Toutes les régions de France étaient, peut-on dire, représentées, notamment la région parisienne. Ce qui est un peu moins surprenant, mais tout à fait satisfaisant.

    Je peux dire qu’Internet nous a été d’une grande utilité, Nous avions installé notre site sur Internet six mois avant le 17 juin, ce qui a permis un véritable bouche à oreille (16 000 contacts !), qui a complété efficacement l’action menée auprès des médias. Car ceux-ci ont montré au départ, pour certains tout au moins, de véritables réticences, ne nous prenant pas au sérieux, ce qu’ils ont reconnu par la suite.


Un des objectifs essentiels que vous vous étiez donnés pour cette manifestation était de toucher le personnel médical. Qu’en a-t-il été ? Le questionnaire de satisfaction vous permet sûrement d’en avoir une idée précise ?

   Il y en a eu énormément. Les participants ont vraiment bien joué le jeu et nous avons pu dépouiller 800 questionnaires, ce qui est inespéré, car ce retour sort de la norme largement. Certains arrivent encore…

    Il en ressort, et j’en suis très satisfaite, que le monde médical, (médecins, infirmiers, aides-soignants, psychologues, etc.) représentait un peu plus de 30 % de l’assistance.

    Quant aux experienceurs, ils étaient aussi fort nombreux, souvent accompagnés de proches. Quand je leur ai demandé aux uns et aux autres, à un moment, de lever la main, on en a découvert dans toutes les parties de la salle !

    D’une façon générale, l’indice de satisfaction exprimé dans ce questionnaire est au maximum. Les seules réticences sont extérieures à notre programme puisqu’elles concernent la restauration.


Nous allons revenir aux médias, si vous le voulez bien, et parler de leurs réactions.

   Elles ont été positives pour les médias spécialisés, qu’il s’agisse des radios ou des télévisions. France 5 avec son Magazine de la santé a annoncé ainsi la manifestation six mois avant. En revanche, j’ai constaté beaucoup de réticences des chaînes grand public. Tout ce qui concerne ou a une relation avec la mort fait peur et est même entaché parfois d’une connotation secte ! Il y a eu des préjugés défavorables, que mon âge relativement jeune n’a pas généralement contribué à arranger, même s’il a intrigué.

    Trois chaînes de télévision ont rendu compte de l’événement après le 17 juin : France 3 méditerranée, la chaîne Marseille, France 2. 9 radios ont couvert avant le 17 juin dont Europe 1, RTL, Sud Radio, etc. et Radio-Martigues ! Là aussi, nous avons rencontré parfois de l’obstruction, venant plus de pontes que des journalistes. À l’étranger, en Suisse et au Canada, des radios ont annoncé la réunion de Martigues.


Et en ce qui concerne la presse écrite ?

   À part Le Parisien, la presse parisienne n’a pas suivi. En revanche, je peux dire que la presse de province a fort bien couvert la manifestation : Ouest-France, La Voix du Nord, Nord-Éclair, Les dernières nouvelles d’Alsace, La dépêche du Midi, la Charente libre, La Marseillaise, la Provence, le Midi libre, etc. sans compter divers journaux gratuits. Certains journaux ou revues spécialisées ont fait de même : Psychologie, Le quotidien du médecin, La Recherche. Nous avons eu aussi des articles en Espagne, en Belgique, en Suisse, en Grande-Bretagne, aux USA, au Canada et dans beaucoup d’autres pays qu’il serait trop long de citer tous. 160 articles dans le monde entier.

    Pour une première manifestation, je crois pouvoir dire que nous avons eu une excellente couverture médiatique de la presse écrite.


En ce qui concerne le public, à quoi a-t-il été le plus réceptif ?

   Je m’y attendais un peu, le public a beaucoup apprécié l’intervention du Docteur Pim van Lommel (cardiologue hollandais) qui a mené une étude pendant 8 ans. Son étude, précise, avec de nombreuses statistiques a beaucoup rassuré les gens. Il a ouvert, en quelque sorte, une grande porte et l’ovation qui lui a été faite traduit bien leur enthousiasme. Le Docteur Raymond Moody a été aussi fort apprécié à travers ses différentes interventions au cours de la journée. Ceci ne diminue en rien, évidemment, la valeur et l’intérêt des autres intervenants qui ont contribué au succès de cette journée en abordant d’autres thèmes concernant les NDE.


Vous venez d’évoquer Raymond Moody, qu’a-t-il pensé de cette journée où sa présence a été particulièrement marquante ?

   Il a été ravi et heureux. Quand je l’ai rencontré à Montréal, voici un an, il pressentait qu’il lui fallait venir en France, sans en avoir aucune raison apparente. Et il a été très touché par l’accueil que lui a réservé le public de Martigues. Il ne s‘attendait pas à un tel accueil, puisqu’il a été ovationné à plusieurs reprises. Je peux dire que cela lui a fait chaud au cœur. Cela ne peut que l’encourager à publier son prochain livre en France, comme il en avait déjà l’intention avant de venir à Martigues.


Cet accueil ne l’a-t-il pas rendu un peu trop optimiste dans la conclusion de cette journée, en disant que dans trois ou quatre ans, le phénomène NDE serait reconnu par la science ?

   Il a raison de l’être et il sait de quoi il parle. Il est toujours très proche de la recherche et il sent qu’il existe maintenant des ouvertures aux États-Unis. De plus en plus de chercheurs et de médecins s’intéressent aux NDE.


Sans doute, mais cela fait quand même 30 ans que cela dure !

    Je vous arrête : il y a sans doute 30 ans de retard par rapport à la communication concernant les NDE mais non dans la recherche. Si vous saviez le nombre de chercheurs (notamment des physiciens) et de médecins qui s’intéressent à cette question et qui m’ont appelé après le 17  mars !… Personnellement, je ne suis pas surprise de son optimisme.

    Je pense sincèrement que l’on est en phase de découvrir quelque chose. Le problème de la recherche pour qu’elle progresse plus vite est lié à son financement qui a été longtemps assez problématique. Or, depuis deux ans, des Fondations très importantes financent déjà aux USA des recherches dans ce domaine. Ceci explique sans doute le sens de l’intervention de Raymond Moody et mon espoir.


Les autres intervenants étaient-ils heureux de leur participation à cette journée exceptionnelle ?

    Je pense que oui. Certes, une journée comme celle-ci ne peut pas se dérouler sans quelques petits problèmes. Nous avons des petits problèmes d’horaire et par exemple le Dr Charbonier n’a pu voir diffuser le petit film qui devait passer avec son intervention. Il l’a accepté de bonne grâce.

    Le Dr Mario de Beauregard (Canada) est, pour sa part, si content qu’il voudrait que j’organise la même chose au Canada et aimerait me faire rencontrer d’autres scientifiques en Amérique du Nord.


Un de vos objectifs en organisant cette manifestation était de permettre à ces chercheurs de se rencontrer et par là pouvoir apprendre à mieux connaître leurs travaux respectifs. Est-ce le cas ?

    Mission réussie !… Mission réussie puisque le Dr Sylvie Déthiollaz (Suisse) va travailler avec le Dr Sam Parnia (Grande -Bretagne). De même Raymond Moody a été très intéressé par les travaux menés par le Dr Pim van Lommel. Par ailleurs plusieurs intervenants européens ont été invités au congrès de Iands-Usa qui se déroulera au mois d’octobre.


Nous n’avons pas encore parlé des experienceurs. Quelles ont été leurs réactions à travers votre questionnaire de satisfaction ?

    Beaucoup ont répondu à ce questionnaire. Ils posent beaucoup de questions sur la façon de vivre après une NDE. Certains, bien que très intéressés par l’approche scientifique de cette journée, auraient aimé que l’on puisse écouter un peu plus de témoins. Mais nous avions des contraintes de temps qui ont été déjà difficiles à respecter. Le Dr Sylvie Dethiollaz a consacré un exposé quand même aux transformations des experienceurs après leurs NDE qui a été apprécié de tous.

    J’ai été très émue par leurs remerciements à la fin de la journée. Certains venaient me voir les larmes aux yeux, d’autres m’embrassaient ! Des moments très forts pour moi et encourageants pour poursuivre dans la même direction. J’ai eu la nette impression que ce colloque les avait libérés de quelque chose. Ils ont été apaisés, soulagés que des hommes scientifiques aient étudié et reconnu les phénomènes qu’ils avaient vécus. C’était comme un début de reconnaissance pour ces personnes. Un petit pas pour nous, un grand pas pour eux, pour parodier une phrase connue !


Vous aviez annoncé la sortie d’un DVD…

   Il est réalisé. Il dure une heure 47 minutes et reprend les moments forts de la journée. Il intègre les films qui ont été diffusés plus celui du Dr Charbonnier.

    Tous ceux qui en ont fait déjà la précommande le recevront dans quelques jours, en août.

    Par ailleurs, compte tenu de l’intérêt soulevé par la conférence du Dr Pim van Lommel, un autre DVD est prévu qui permettra d’entendre l’intégralité de sa conférence.


Vous avez noué de nombreux contacts à Martigues, allez-vous intervenir en France ou à l’étranger, dans les mois à venir ?

   Je serai déjà à Paris, les 14 et 15  octobre, aux Journées de la Survivance ! Je suis sollicitée pour me rendre en Belgique, en Suisse et au Canada. J’ai le projet aussi de me rendre à Huston (USA) en octobre prochain. On m’a demandé aussi d’animer à une émission de radio mensuelle sur les NDE. Je dois participer également à l’élaboration de dossiers sur la mort pour un magazine.

    Une réalisatrice qui était présente à Martigues a réalisé un docu-fiction sur les NDE qui passera à la télévision.


Tout cela n’est-il pas trop dur à assumer ?

   Ce sont les retombées normales après une manifestation de cette ampleur. Pour l’instant, ça va. Je garde la tête sur les épaules.


Compte tenu du succès de cette journée, pensez-vous rééditer une manifestation semblable l’année prochaine ?

    Rééditer la manifestation, oui. Mais je ne crois pas qu’elle se déroulera à nouveau à Martigues et pas nécessairement à la même époque, ni exactement avec la même orientation. C’est tout ce que je peux dire pour l’instant.


Sonia Barkallah, créer un tel événement, c’était quand même assez audacieux ?

    À travers les réactions des uns et des autres, j’en ai pris conscience progressivement. Je réalise mieux maintenant que ce projet était effectivement audacieux. En fait, c’était aussi quelque chose que je portais en moi depuis longtemps et que je ne pouvais pas ne pas réaliser…

    Il est impossible que je regrette quoi que ce soit. Les retours que j’ai eus de personnes qui ont été transformées après cette réunion sont trop gratifiants pour moi. J’ai réalisé un rêve et d’avoir touché tant de monde, c’est une grande fierté pour moi.


Avez-vous eu le sentiment d’être portée durant la préparation de cette manifestation ?

    Sans aucun doute… Je n’aurais pas dû normalement réussir, si l’on tient compte de tous les paramètres en jeu… J’ai eu des facilités… des miracles de dernière minute. J’ai été portée et guidée, c’est certain.


Sur le plan local et régional, votre projet a-t-il été bien accepté ?

   S’il s’agit de la couverture médiatique, la majeure partie des gens qui se sont déplacées à Martigues venait, comme vous le savez, du reste de la France ou de l’étranger.

    Le commerce local et l’affichage n’ont pas apporté le soutien que j’en attendais. En revanche, les associations spiritualistes régionales m’ont apporté une aide réelle dès le début et je les en remercie. Mais d’une façon générale, c’est vrai, j’attendais davantage de la région.

    Ceci dit, je ne regrette rien. Et j’ai été vraiment heureuse qu’une telle manifestation puisse se dérouler dans le midi.


Que voudriez-vous ajouter ?

    J’ai retenu de ces premières rencontres qu’elles ont été pour moi une belle aventure et une jolie histoire.

    J’ai rencontré beaucoup de personnes intéressantes qui m’ont touchée. Sur le plan humain, cela a été vraiment enrichissant, même si j’ai connu aussi des moments difficiles, étonnée de la réaction de certaines personnes pas toujours positives. J’ai compris à quel point les participants avaient de l’intérêt pour le sujet, eux qui sont souvent venus de loin et qui ont tenu très souvent à me faire part de leur satisfaction. J’ai été sensible aussi, bien sûr, à toute la solidarité que j’ai découverte à travers cet événement.

    Avec le recul, compte tenu de ma jeunesse et d’une certaine inexpérience, j’ai réalisé les erreurs que j’avais pu faire dans la conception ou l’organisation de la manifestation et que je ne recommencerai pas. C’est ce que l’on appelle l’expérience et qui concerne aussi bien la logistique, que la communication ou le choix des hommes, encore que j’ai eu la chance d’avoir une bonne équipe pour m’entourer. J’ai déjà tenu compte des remarques faites dans le questionnaire de satisfaction

    Enfin, en ce qui concerne un aspect qui me tenait à cœur, les contacts entre scientifiques ont été relancés et beaucoup de journalistes projettent de faire des articles sur le sujet. Il va même y avoir une série policière à la Télévision qui va intégrer une NDE. Une grande porte a été ouverte. C’est celle que je voulais ouvrir.

    Quand je pense à ce que certains ont ressenti le 17  juin à Martigues, je me dis que quand je partirai dans l’Au-delà, j’aurais la chance de ressentir, en revoyant ma vie, ce qu’ils ont vécu de si intense.


Une dernière question : en dehors des NDE dans quelle direction aimeriez-vous aller ?

    Je suis très tentée par la conscience, l’inconscient collectif, les rapports entre conscience et conscience… C’est un vaste sujet, la suite logique des NDE. Cela demandera du temps et nécessite d’avancer prudemment.

    Mais dans l’immédiat mon travail va porter sur le film documentaire. Ce sera un bilan des 30 dernières années de recherche sur les NDE. Le film durera 90 minutes. Je pense que je le présenterai d’abord à l’étranger, car, comme on dit, nul n’est prophète en son pays. C’est un projet ancien, auquel je tiens énormément.

(RAD n° 102 - mai 2006)