Entretien 3, Jeanne Morrannier

 
 

Cet entretien a été réalisé quelques semaines avant que Jeanne Morrannier rentre à l’hôpital où elle devait décéder le 13 octobre 1996.



RAD    Jeanne Morrannier, nombre de nos lecteurs vous connaissent à travers vos livres ou vos conférences. Mais certains parmi les plus nouveaux s’interrogent et nous questionnent.

    Pouvez-vous nous rappeler comment tout a commencé avec Georges, votre fils, et nous le présenter !

JM      Georges avait 28 ans. Il préparait un doctorat de physique fondamentale. Mais depuis de nombreuses années, il s’intéressait à la philosophie et à l’histoire des religions. Il découvrit le Père Teilhard de Chardin à 18 ans et s’enthousiasma pour son œuvre. Puis, poursuivant sa recherche spirituelle, il rencontra les doctrines orientales. Ce fut le début de son malheur et du nôtre.

    Georges était depuis longtemps en quête d’idéal et d’absolu, mais sans mesure. Son besoin de spiritualité s’accordait mal avec le milieu rationaliste qu’il côtoyait chaque jour. Au lieu de parvenir à un équilibre entre de nettes dispositions pour les études scientifiques et la recherche de Dieu, il perdit pied et je sais qu’il n’est pas le seul en ce cas. En Orient, la doctrine ne va pas sans la méthode. Tandis qu’en Occident l’extase est laissée aux mystiques, ce qui est normal, l’Orient, du moins chez nous, incite sans prudence tout le monde à la concentration et aux pratiques de différents exercices qui ne devraient concerner que les Yogis et les lamas.

    Le résultat ne se fit pas attendre. Un Yoga spirituel mal conduit, trop fréquemment pratiqué, conduit au déséquilibre nerveux. Georges fit une grave dépression psychique, comprit qu’il était allé trop loin et accepta de se soigner. Mais la rentrée universitaire approchait. Il n’eut pas le courage de retrouver ses élèves et se suicida.


Dans un texte sur le discernement, Georges parle des erreurs de sa dernière vie et notamment de radja yoga. C’est donc à cela qu’il fait allusion.

    Georges veut mettre en garde les Occidentaux qui s’intéressent aux pratiques spirituelles de l’Orient. Il est très dangereux de vouloir toucher à ce que l’on appelle la Kundalini, c’est-à-dire à l’énergie qui va de chakra en chakra, tout au long de la colonne vertébrale.

    Les yogis passent des années à purifier leur Moi avant d’aborder le développement des chakras, ce que l’Occident ignore ou veut ignorer. L’erreur de Georges a été de vouloir activer la kundalini par des exercices de concentration beaucoup trop rapprochés. Il faut procéder lentement et avec une extrême prudence. Son manque de mesure l’a conduit à une dépression psychique.


Comment avez-vous réagi face au drame affreux que vous viviez ?

   Ce fut l’effondrement, doublé d’un tenace sentiment de culpabilité. Je me reprochais de ne pas avoir su le soigner, de ne pas avoir su l’aider. Quelle attitude observer devant un être dépressif ? On ne doit pas le bousculer, sa volonté est anéantie ; on ne doit pas se lamenter avec lui, les reproches qu’il se fait n’en seraient que renforcés.

    J’étais agnostique, persuadé qu’il n’y avait pas de vie après la mort. Y avait-il un Dieu ? Peut-être, mais cela restait à démontrer, et je ne voyais pas de rapport entre un Dieu hypothétique et une vie de l’âme. J’avais depuis longtemps abandonné la foi de mon enfance, pensant que nos Églises n’expliquaient pas grand-chose. Elles proposaient des mystères, toujours des mystères. Il me fallait des explications, des certitudes, des preuves.


Quand les premières manifestations ont-elles commencé et sous quelles formes ?

    C’est justement Georges qui, par des manifestations, m’apporta ces preuves. Je me rendis compte, quelques mois après son décès, que les bibelots, dans mon appartement, changeaient de place. Les feuilles des plantes vertes bougeaient en l’absence de tout courant d’air. J’entendis des coups légers sur les meubles, sur les cloisons et le piano.

    Mes deux filles m’appelèrent au téléphone pour me dire qu’il se passait des choses « bizarres » chez elles : émissions de parfums, coups légers, portes ou fenêtres qui s’ouvraient ou se fermaient en douceur, appareils électriques débranchés, objets déplacés.


Pour vous qui étiez agnostique, ces manifestations ont dû vous poser des interrogations intérieures fondamentales ? Qu’avez-vous décidé ?

   Pour essayer de comprendre, je commençai par m’intéresser à des ouvrages dont, jusque-là, j’ignorais totalement l’existence : « Dialogue avec l’Au-delà » de James Pike, « L’expérience de l’après-vie » de Paul Misraki, « Les lettres de Pierre », « Les Messages » de Roland de Jouvenel, Léon Denis, Camille Flammarion et enfin les « Témoins de l’Invisible » de Jean Prieur.

    J’ai douté longtemps. Je connaissais un psychologue qui ne croyait pas à la survivance de l’âme et qui était persuadé que je provoquais moi-même tous ces phénomènes étranges. Par contre, le spiritisme les expliquait clairement : ils provenaient tout simplement de désincarnés qui cherchaient à se faire connaître. On disait des esprits.

    Il n’y avait que deux hypothèses possibles : cela provenait de Georges ou de moi. Le débat fut tranché le soir où j’entendis la porte d’entrée se fermer seule à clé, sans clé. Comment aurais-je pu fermer une serrure sans y toucher et sans y penser ?

    Je décidais alors d’aller consulter un médium. Celui-ci me confirma ce que j’avais fini par admettre : mon fils était vivant, il voulait nous le prouver. J’appris alors que toute manifestation est une demande de communication. Je suis revenue quelque temps plus tard avec une liste de questions auxquelles mon fils répondit par l’intermédiaire du médium.


Comment se sont passés les premiers messages ?

    Je n’ai pas pensé un seul instant que j’aurais à communiquer toi-même avec Georges. C’est ce médium qui me dit un jour que j’avais à le faire. Je ne me sentais pas tellement rassurée. J’ai hésité longtemps, mais on n’échappe pas à son destin.

    Un soir, je me suis mise à mon bureau, devant un bloc de papier et tenant un crayon. Très vite des dessins sont apparus, puis des mots, puis une phrase : « C’est le monde renversé, le fils apprend à sa mère à écrire. » Je sentais une pression sur le crayon, puis rapidement, je passais à ce que l’on appelle l’écriture intuitive.


Pouvez-vous nous dire en quoi consiste exactement l’écriture intuitive et quelle est la différence avec l’écriture automatique ?

   L’écriture médiumnique présente deux formes : automatique et intuitive.

Dans l’écriture automatique, l’entité spirituelle écrit elle-même, en empruntant la main de son médium. Les mots sont reliés les uns aux autres et la lecture n’est pas facile. Mais c’est une preuve d’authenticité.

    On retrouve la même méthode chez les peintres-médiums. L’entité de l’Au-delà introduit sa main dans celle de son intermédiaire pour peindre lui-même. En musique également, le musicien de l’Au-delà prend possession des mains de la personne terrestre qui joue, du piano par exemple. Ceci est arrivé à l’une de mes filles. Elle jouait et tout à coup elle a senti que quelqu’un se servait de ses mains. Il n’y avait pas une seule faute.

    L’écriture intuitive est tout à fait différente. Le terme n’est pas rigoureusement exact. On devrait dire écriture inspirée. On ne « devine » pas ce que notre correspondant nous transmet, on écrit sous inspiration.

    En termes plus scientifiques, on peut dire que c’est une induction d’ondes cérébrales spirituelles. L’être invisible impose sa pensée à son médium et de son côté le terrestre se concentre sur la pensée de celui qui dicte. C’est une dictée mentale ; je n’entends aucun mot, aucun son. C’est un effort de concentration qui est dangereux.


Georges vous a dicté ainsi sept livres. Pouvez-vous rappeler, pour nos nouveaux lecteurs, les grandes lignes directrices de son message ?

   Le message de Georges présente quatre lignes directrices :

• Prouver la survivance de l’âme après la mort de l’enveloppe terrestre. La vie dans l’Au-delà commence dès l’arrêt du coeur. C’est une vie active qui se déroule dans notre espace, mais comportant une dimension qui n’appartient qu’au monde de l’esprit, ce qui le cache à nos yeux.

• Décrire l’Au-delà avec objectivité, le dégager des perceptions mentales qui assaillent tout arrivant et déforment la réalité de ce monde transcendant.

• Expliquer le processus d’évolution spirituelle qui nous concerne tous, évolution qui ne peut pas se faire -hélas, je le déplore- sans la réincarnation. Toutes les doctrines religieuses parlent de cette progression qui nous conduit de l’imperfection à la « vision de Dieu »

• Décrire la structure physique du monde spirituel, ses différents plans -au nombre de sept- et ses différentes gammes de champs de forces. Ceci pour aider les scientifiques croyants qui cherchent à comprendre Dieu et l’Au-delà.


Ces idées si différentes par certains côtés de l’enseignement traditionnel de l’Église ont dû rencontrer de nombreuses réticences, pour ne pas dire d’hostilité…

   Oui, je m’y attendais. J’ai supporté beaucoup de critiques, d’abord de la part de spirites restés sur les données recueillies au début du siècle. Tout évolue, c’est une loi immuable, même les connaissances sur l’Au-delà. Allan Kardec l’avait lui-même annoncé. Il faut savoir changer, avancer, progresser.

    Puis, bien entendu, je me suis heurtée à l’hostilité -parfois féroce de certains religieux. Il faut les comprendre. On leur a inculqué un enseignement restreint, incomplet, basé sur ce que j’appelle la mythologie chrétienne.

    Venant du rationalisme, j’ai trouvé les explications de Georges lumineuses, mais pour ceux qui ont appris toute autre chose, je suis une hérétique.

    Mon hérésie me convient fort bien puisqu’elle m’a ramenée à Dieu. Je supporte les critiques sans problème, parce que je sais que tous ces opposants se rendront compte un jour que Georges a raison. Je ne réagis avec fermeté que lorsque la critique devient calomnie.


Pensez-vous que tous vos efforts ont porté leurs fruits et qu’ils ont contribué à faire évoluer les mentalités ?

    Pierre Monnier était désolé de n’avoir pas eu plus d’impact sur les Français de son époque. Il est très difficile de remuer les foules dans un pays aussi rationnel que le nôtre.

    Cependant, je suis satisfaite de l’impact des messages de Georges. Il faut être raisonnable, on ne peut pas convaincre tout le monde et on ne peut pas plaire à tous non plus.

    Depuis bientôt dix-sept ans que je diffuse publiquement les idées de Georges, je constate un intérêt toujours régulier, toujours aussi continu. Il se présente constamment de nouveaux lecteurs.


Vous vous faites assez rare dans les médias. Est-ce de la méfiance de votre part ou cela reflète-t-il une certaine forme d’ostracisme à votre égard ?

   Je ne me plains pas. J’ai été invitée sept fois à la télévision. Il y a des émissions qu’il faut fuir, celles qui tournent volontairement notre sujet en dérision. Bien que notre thème soit encore tabou, il y a un grand effort de la part de certaines émissions que nous devons encourager. Agape », la dernière à laquelle j’ai été invitée, est de celles-là. J’y ai trouvé une ambiance sereine, une discussion de très bon niveau, une tolérance très nette, un profond respect de l’opinion d’autrui. Ce fut une excellente émission. Chacun est libre de ses opinions et a le droit de les exprimer avec bienséance. Seule l’agressivité est condamnable et dessert fortement celui qui l’exprime.

    Remercions les journalistes qui savent affronter le matérialisme de leurs très nombreux confrères. C’est par le courage de tous ceux qui vous parlent de la survivance de l’âme ou des phénomènes paranormaux que nous pourrons avancer sur le chemin de la connaissance.


Sept livres constituent un message important. Pensez-vous que Georges vous en dictera d’autres ? Avez-vous encore des messages réguliers ?

    Avec ses sept livres, Georges a terminé la tâche qui lui a été confiée. Il a abordé tous les sujets possibles. Le chiffre 7 plaît beaucoup au monde de l’esprit et aux ésotéristes.

   Pour le moment, Georges me demande de me reposer. Le travail ne fut pas facile, nous avons abordé des sujets parfois très complexes, qui ont exigé de moi une attention très soutenue. J’ai droit maintenant à des vacances ! Un huitième livre ? Je ne sais pas. Georges ne m’en parle pas. J’attends les ordres, si ordres il doit y avoir. Le contact n’est pas rompu. Il m’aide à répondre correctement aux questions de nos lecteurs. Il me dicte des articles dont celui de Noël chaque année.


Continuez-vous à avoir des manifestations matérielles de la présence de Georges ?

   Oui, nous avons encore quelque manifestations. Georges a un signe de reconnaissance quand il a quelque chose à me dire ou simplement pour me signaler sa présence. Il fait alors cliqueter les crochets des rideaux de la pièce où je me tiens le plus souvent.

    Un matin, j’ai trouvé un petit dessin sur mon bureau. Il n’y était pas la veille et je ne suis pas somnambule

    Il se manifeste encore chez l’une de mes soeurs, toujours la même, celle qui a les preuves les plus surprenantes de sa survie. Mais jamais sans raison. En général, c’est pour l’encourager quand elle a un souci pour les siens.


On publie beaucoup sur Jésus. Jacques Duquesne, voici un peu plus d’un an, a publié un livre intitulé tout simplement « Jésus » qui a fait beaucoup parler par sa liberté de ton et ses remises en cause. Qu’en pensez-vous ?

   Jacques Duquesne en tant que laïc est dans la lignée des nouveaux théologiens qui comprennent le christianisme en adultes.

    Les cerveaux modernes ne peuvent plus se contenter des explications enfantines que l’on nous rabâche depuis des siècles.

    Tout l’Au-delà est dans les évangiles de Luc et de Jean. Comment nos Églises ne s’en rendent-elles pas compte ? Les Pères des premiers siècles du christianisme avaient des excuses. Ce n’étaient pas des historiens, ni des scientifiques. Il est normal et conforme à la progression de l’esprit humain d’essayer d’y voir plus clair.

    On peut faire dire ce que l’on veut à l’Histoire. Nous nous en apercevons avec toutes sortes de révisionnistes qui aiment tout bouleverser et que je désapprouve. Par contre, je trouve le travail d’historien de Jacques Duquesne remarquable. Ce n’était pas facile avec les textes dont nous disposons, les contradictions, les exagérations, les témoignages trop souvent tardifs.

    Jacques Duquesne fait partie de ces êtres que Georges nous a annoncés et qui préparent la future religion universelle.


Vous venez de parler de religion universelle. Voudriez-vous nous dire quelles en seraient, à votre avis, les grandes lignes ?

   Pour parvenir à la religion unique du monde, il va falloir accepter une profonde relecture des Évangiles concernant la naissance du Christ, son rôle de rédempteur et même sa résurrection. Il va falloir comprendre la vision de Paul sur le chemin de Damas, c’est-à-dire l’apparition du Christ dans son corps spirituel. Il sera nécessaire de réfléchir à ce que veut dire l’expression « fin des temps » qui concerne en réalité la mort physique de chacun de nous et non pas la fin du monde. Il sera indispensable de comprendre l’Eucharistie telle que Calvin l’a ressentie : l’union des chrétiens avec Dieu par l’intermédiaire de l’esprit du Christ. Une relecture attentive de l’Évangile de Jean, nous permettra d’admettre que le Christ est l’envoyé de Dieu, son messie, son verbe, c’est-à-dire le messager de sa parole. On ne peut pas être à la fois Dieu et fils de Dieu. Il y a là une contradiction évidente.

    Tout un travail de refonte sera indispensable pour rénover les dogmes du christianisme et parce qu’il doit conduire toutes les doctrines vers la religion universelle.

    Les théologiens et les laïcs qui osent aborder ce très délicat sujet sont sans aucun doute désignés par le monde spirituel. Ils trouvent le courage de maintenir leur position d’avant-garde parce qu’ils pressentent qu’ils ont raison. Ils ne le savent pas, mais leur travail et leur recherche leurs sont inspirés par des théologiens de l’Au-delà.

    La rénovation du christianisme demandera plusieurs siècles, mais rien ne peut se construire sans le courage des précurseurs.


Indéniablement, nous sommes en pleine période de transition et de recherche. Georges est-il confiant, quand même, pour l’avenir proche de la terre ?

   Georges nous demande toujours de nous écarter des prophètes de malheur. Il y a, depuis plusieurs années, une immense manipulation du monde invisible, dirigée vers les foules humaines pour les terroriser. C’est à celui qui prédira, par médium interposé, les pires catastrophes. Les messages les plus effrayants nous viennent d’Amérique.

    La fin du monde n’est pas pour l’an 2000. Elle est prévue dans un délai de 4, 5 milliards d’années.

    L’Occident est pour un bon moment à l’abri des guerres. Georges espère que les gouvernements futurs sauront maintenir cet état privilégié et mérité, qui fait partie de l’évolution.

    La spiritualité poursuivra lentement son chemin, malgré l’intense manipulation dirigée par le bas astral pour entraîner les êtres humains naïfs vers les sectes et vers des mouvements d’une affligeante stupidité. Dans l’ensemble, Georges est optimiste, les forces du Bien seront victorieuses, mais il nous faudra beaucoup de patience.


Quels sont vos souhaits pour tous les lecteurs de la Revue et d’une façon générale pour tous ceux qui cherchent la route de lumière ?

   Je souhaite de tout cœur qu’ils soient réconfortés par les messages qui nous parviennent de plus en plus nombreux du monde invisible.

    La vie terrestre est une dure école, mais une école nécessaire pour nous faire avancer vers Dieu, vers l’immortalité qu’il nous a promise par l’intermédiaire de son envoyé, Jésus-Christ.

    Quand on a bien compris que nous ne sommes pas sur la terre sa* raison et sans but, on accepte beaucoup mieux les difficultés que chacun de nous rencontre inévitablement. Elles nous permettent aussi de mieux comprendre les autres. Notre souffrance doit attirer notre attention sur la souffrance d’autrui.

    A ceux qui cherchent la lumière, je leur demande de méditer les textes de Georges sur le discernement. L’objectivité conduit plus vite au réconfort, à l’acceptation, à la sérénité.

    Enfin pour ceux qui ne croient en rien et qui souvent se révoltent contre Dieu, je souhaite qu’une émission, qu’un livre ou qu’un être humain parvienne à créer une ouverture dans leur esprit.

    La vie dans l’Au-delà est tellement transcendante que personne ne devrait l’ignorer.