Raymond Moody

 
 
Le 17  juin 2006, Raymond Moody participera aux Premières rencontres internationales sur les expériences de mort imminente, organisées à Martigues par Sonia Barkallah, rencontres que nous avons présentées dans notre dernier numéro.

    En avril 1993, j’avais eu le plaisir de rencontrer Raymond Moody à Paris avec lequel j’avais pu m’entretenir et qui m’a laissé le souvenir d’un homme fort agréable et d’une grande culture, sans parler de son courage, car il en fallait pour publier le premier livre sur les NDE, La vie après la vie (1975).

    Il m’a semblé juste et opportun, juste avant la grande réunion de Martigues, de présenter à nouveau cet entretien. 12 ans après, il est surprenant de voir comme il reste d’actualité.

    Il serait bien sûr intéressant de connaître son sentiment sur toutes les recherches qui ont été effectuées depuis et ce qu’il en pense.

    En fait, l’essentiel a probablement été dit depuis longtemps. Le problème demeure que notre société entende le message transmis à travers les NDE et soit capable d’en assumer l’implication dans la compréhension du sens de la vie et la façon même de vivre.

ED



RAD      Dans votre introduction à « La vie après la vie », vous écriviez : « Mon espoir est que ce livre attirera l’attention sur un phénomène qui est à la fois très répandu et très soigneusement tenu caché ; qu’il contribuera à susciter dans le public une attitude plus réceptive à son égard. ».

    18 ans après, ayant vendu 10  millions de livres dans le monde, pensez-vous avoir atteint votre objectif ?

RM        Je pense que ce but a été atteint mais je voudrais souligner tout de suite que ce n’est pas grâce à mes seuls efforts. J’ai beaucoup de collègues dans le monde entier : en France, par exemple, avec lands, dans d’autres pays aussi comme la Suède, et également aux États-Unis parmi les cardiologues, les médecins. Ainsi ce n’est pas uniquement mon travail qui explique ce succès mais tout ce réseau de personnes.


Comment expliquez-vous l’intérêt, qui ne se dément pas, de tout un public, pour les N.D.E. ?

    On peut dire d’une façon très succincte que chacun de nous devant mourir, cette échéance touche chacun de nous d’une manière personnelle et très profonde. C’est un problème essentiel.

    Je me demande également si ceci n’est pas lié à quelque chose que nous ressentons tous, le fait que la situation du globe est telle que nous devons procéder à des changements profonds et radicaux pour que le monde puisse continuer. Je ne sais pas si c’est pareil pour vous, mais pour moi je pense beaucoup à mes enfants, à mes deux fils et à ma fille que j’ai adoptée, et au monde dont ils vont hériter. Cette préoccupation pour les jeunes explique aussi cet intérêt pour les N.D.E.

    Il y a trois ou quatre ans, Vaclav Havel, en Tchécoslovaquie, s’est adressé au peuple et a dit quelque chose qui m’a énormément rassuré, du fait d’entendre un chef d’État dire une chose pareille. « La Terre, a-t-il déclaré, a besoin d’une révolution mondiale de la conscience ».

    Donc, on a peut-être des chances de réussir, si on atteint ce stade où on éprouve de l’amour pour les autres. En regardant la situation actuelle dans le monde, je ne suis pas totalement convaincu…

    Mais je ne suis pas ici pour soutenir une nouvelle idéologie, parce que si nous sommes dans cette situation c’est aussi à cause de toutes ces idéologies que nous avons valorisées. On est donc là sur le fil du rasoir. C’est une affaire délicate d’amener les gens à cette conscience du monde sans en faire un dogme ou de nouvelles idéologies.


Justement, les N.D.E. ne débordent-elles pas un peu sur ce qui constitue l’apanage des religions ?

   Je pense que oui, mais pas en ce qui concerne les points idéologiques des religions. (Je voudrais dire, entre parenthèses, que je ne suis pas un spécialiste universitaire des religions. Ce sont mes réflexions personnelles que je partage avec vous).

    D’après ce que j’ai compris, les religions se composent de trois points principaux. Il y a d’abord le royaume de l’expérience que les mystiques, les sages et les grands êtres éclairés de toutes les traditions ont vécu directement. Deuxièmement, il y a les rituels qui à l’origine, je crois, ont été créés pour amener les gens à ces états altérés de conscience. Mais on a oublié la raison d’être de ces rituels que l’on est réduit à pratiquer par habitude. Le troisième aspect est l’idéologie. Les gens des Églises appellent cette idéologie une théologie pour faire semblant d’insérer le concept de Dieu. Mais, en fait, il s’agit purement d’une idéologie. Et c’est lorsque l’on commence à investir toute sa personnalité dans l’idéologie, que l’on commence à brûler les gens, comme on a fait…

    Ce sont des réflexions purement personnelles, comme je le disais à l’instant. Je ne suis pas moi-même quelqu’un de religieux du tout, dans le sens où je ne pratique pas, où je ne vais pas à l’église. Je suis persuadé dans mon cœur qu’il existe un Dieu, mais je trouve que c’est assez ridicule de l’institutionnaliser.


Faites-vous encore des recherches sur les N.D.E. Si oui, pouvez-vous nous en parler ?

    Depuis trois ans, je me consacre à un problème ancien concernant les N.D.E. qui me passionne depuis au moins vingt-cinq ans. C’est une fascination de la part du public de savoir si on peut recréer ces expériences sous forme contrôlée et en toute sécurité. Il existe, bien sûr, ce film que je n’ai pas vu et que vous connaissez peut-être, Plat Line (« L’expérience interdite »), où des étudiants en médecine se mettent en arrêt cardiaque dans l’espoir de ramener à leur réveil un souvenir de N.D.E. . Bien entendu, personne sain d’esprit ne ferait une chose pareille qui potentiellement est très dangereuse.

    Dans les recherches que j’ai effectuées depuis trois ans, je suis arrivé à simuler au moins une partie d’une N.D.E. . Un grand nombre d’études médicales, aussi bien aux USA qu’en Europe, démontrent que beaucoup de gens en deuil témoignent d’expériences où ils ont rencontré la personne décédée. Le groupe étudié très souvent est celui des veuves, parce que la durée de vie des femmes dépasse celle des hommes. Dans nombre de ces études, deux tiers de ces femmes voient apparaître leur mari un certain temps après sa mort.

    Donc, depuis longtemps, je réfléchissais à cette question de pouvoir reproduire une partie d’une N.D.E. dans des circonstances parfaitement contrôlées pour pouvoir étudier le phénomène. Dans une enquête systématique, lorsque l’on est confronté à un problème complexe, une des manières d’avancer consiste à diviser le problème dans ses parties composantes. Une de celles-ci que nous pouvons étudier dans la N.D.E., est ce moment où très souvent l « ’experienceur » rencontre dans le tunnel des personnes aimées décédées. Constater dans ces études qu’un fort pourcentage de personnes a l’expérience que je viens de décrire, suggère à mon sens que comme être humain nous sommes très disposés à vivre ce type de phénomènes.

    Je dois dire que depuis mes études à l’université, je suis, je continue d’être un admirateur assez fanatique de la Grèce antique. Hérodote était un des auteurs grecs que je préférais le plus. Je me suis souvenu que dans l’un de ses écrits il parlait d’un endroit dénommé « l’oracle des morts » où les gens se déplaçaient pour rencontrer les personnes qui sont mortes et converser avec elles. Mais les savants modernes et occidentaux ont toujours soutenu qu’il ne s’agissait que d’une affabulation, parce que nous savons, avec notre savoir moderne supérieur, que ce n’est pas possible. Donc ce que j’ai fait, mais il faudrait quelques heures pour expliquer toutes les

démarches, je suis allé consulter les dossiers archéologiques concernant « l’oracle des morts » pour comprendre la démarche des Grecs et pouvoir refaire de même. Y étant parvenu, j’ai pu constater la véracité de la relation.

    Les participants à ces recherches étaient des thérapeutes, des conseillers, des médecins, des personnes que je connais. En tant que psychiatre, je n’aurais jamais choisi des personnes ayant des problèmes psychologiques qui auraient pu basculer dans ce type d’expérience d’une manière nocive. Jusqu’ici, j’ai travaillé avec vingt-neuf personnes dont quinze ont vécu des expériences complètes de rencontres avec des personnes décédées. Je m’attendais de la part de ces dernières à une attitude du genre : « je crois que j’ai vu ma grand-mère mais je ne suis pas tout à fait sûr que c’était elle ; c’était un peu vague. » Mais en fait, tous les sujets qui ont eu ces apparitions se sont montrés après complètement convaincus de la réalité de la rencontre. Je voudrais ajouter que, en plus des quinze personnes cités plus haut, quatre autres avec lesquelles les préparatifs ont été un peu plus courts eurent aussi des apparitions.

    Cette expérimentation est significative mais pas dans le sens où elle peut prouver ou infirmer la vie après la mort ou le paranormal. Ce qui est pour moi impossible vu la nature de la science elle-même. Du point de vue de la science, l’intérêt maintenant dans ces recherches est que ces phénomènes qui, spontanés sont considérés comme paranormaux, restent toujours spontanés mais peuvent être reconstitués dans des circonstances où on peut les surveiller et les contrôler.

    Voilà donc un bref résumé de ces nouvelles recherches que j’ai d’ailleurs décrites dans un document qui vient d’être publié.

(N.D.L.R. Il s’agit de Rencontres, éditions Robert Laffont - collection énigme de l’univers - février 1994)


Y a-t-il un point de connexion entre vos recherches et celles de Monroe qui ont porté sur les sorties du corps ?

   Je le pense un peu dans la mesure où lui aussi essaie de simuler l’expérience de la sortie du corps (O.B.E.). Je ne sais pas si dans ses recherches est inclus le phénomène des apparitions des décédés.

    Je voudrais aussi mettre l’accent sur quelque chose qui concerne mes recherches : elles n’ont rien à voir avec la médiumnité. Dans la médiumnité on va voir quelqu’un qui est connu pour son aptitude à pouvoir servir d’intermédiaire entre son client et une personne décédée. Dans les recherches que nous menons, nous soulignons l’importance de l’expérience directe : celui qui vit l’expérience n’a pas d’intermédiaire entre elle et la personne décédée. Dans ce sens-là, il ne s’agit donc pas de médiumnité.


Dans votre conclusion « La lumière de l’Au-delà », vous dites que « les NDE témoignent de la vie après la vie ». Êtes-vous satisfait du débat Savoir plus avec François de Closets ? Auriez-vous aimé en dire plus ?

   Pas du tout. Justement, mon choix du mot « témoigner » souligne que nous ne sommes pas arrivés à une preuve scientifique de l’existence de la vie après la vie. Donc, à mon sens, cette expérience de la N.D.E. est tout à fait, comme toutes les expériences mystiques de tous les temps, ce que William James a appelé « une expérience qui s’auto-certifie ».


Vous avez dédié votre premier livre à George Ritchie. Pourquoi ? Qui était-il pour vous ?

    Il faudrait tout d’abord que j’explique que lorsque j’étais enfant, mes parents ne prenaient pas la religion très au sérieux, que nous n’étions pas religieux ; on appelle ça être presbytériens… Les quelques fois où on m’emmenait à l’église, même lorsque j’étais très jeune, j’étais vraiment en proie au doute et je me disais que les gens qui allaient à l’office étaient pleins d’illusions et qu’ils en étaient les premières victimes. Donc j’ai grandi avec l’idée que, lorsque l’on meurt il y a une aliénation totale de la conscience.

    Je suis allé à l’Université de Virginie au début de mes études supérieures et un soir, au printemps de 1965, un de mes professeurs de philosophie qui s’appelait Georges Marshall m’a dit que dans notre faculté un professeur de psychiatrie, George Ritchie, avait vécu une expérience tout à fait extraordinaire à un moment où on l’avait déclaré cliniquement mort.

    C’est évident que j’ai toujours été fasciné par l’esprit humain et par la conscience et comme tel, sérieux et désireux d’en savoir plus, j’ai été écouter George Ritchie parler de ce qu’il avait vécu. Quand je suis allé le voir, je savais très bien que c’était un professionnel tout à fait respectable et respecté dans le monde médical et que ce qu’il nous racontait était ce qu’il ressentait très intimement au fond de son cœur être la vérité. Vous savez, lorsque vous entendez quelque chose qui est tout à fait contraire à votre expérience personnelle de la vie, vous ne savez pas quoi en penser. Donc, pendant quelques années après l’avoir entendu parler, j’y ai très peu pensé.

    Mais en 1969, quand j’ai été diplômé docteur en philosophie, je suis devenu professeur de philosophie dans une université américaine. Il faut vous dire que mon philosophe préféré a toujours été Platon. Et là, je voudrais souligner quelque chose qui me tient beaucoup à cœur : il faudrait absolument que dans notre monde occidental contemporain on enseigne à nouveau les classiques aux jeunes. Si Platon n’avait pas été un des personnages les plus spectaculaires de l’histoire, il n’aurait pas duré 2  500 ans et on ne le trouverait pas aujourd’hui en livres de poche.

    À cette époque, j’enseignais le dialogue de Platon qui s’appelle Le Phédon. Dans ce dialogue, il est question de la vie après la mort, mais ce n’était pas le but de mon enseignement. Ce qui m’intéressait le plus, alors, c’était de faire comprendre à mes étudiants ce que disait Platon sur la théorie des formes. C’est-à-dire comment un mot est devenu un nom commun employé non par un seul mais par un groupement d’individus. Donc, un jour, après avoir parlé de cette théorie avec mes étudiants, l’un d’eux est venu me voir après mon cours et m’a demandé de leur parler davantage de la vie après la mort.

    Je me suis dit alors que c’était curieux que quelqu’un en plein XXe  siècle veuille parler d’un sujet complètement dépassé et je l’ai questionné pour savoir pourquoi il voulait que j’en parle. Il m’a répondu qu’un an auparavant, il avait eu un accident de voiture très grave, que son médecin lui avait dit qu’il était mort, qu’il avait vécu une expérience qui avait totalement changé sa vie mais que jusqu’ici il n’avait trouvé personne à qui en parler. Je lui ai demandé de me la raconter, et ce qu’il m’a expliqué était complètement identique à ce que G. Ritchie avait déclaré quatre ans auparavant. À ce moment je me suis rendu compte que si « par hasard » j’avais rencontré deux expériences semblables en quatre ans, il y en avait probablement d’autres.

    Par conséquent, pour répondre à votre question, c’est grâce à Georges Ritchie si je me suis embarqué dans cette aventure. Il demeure pour moi un très cher ami, c’est quelqu’un qui a un grand cœur et une grande âme.


Vous avez consacré un livre récemment, Voyage dans les vies antérieures, aux régressions dans les vies passées. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire cette démarche ? Ces régressions ne constituent-elles, toujours pour vous, qu’une méthode thérapeutique ?

    Je me suis intéressé à cette question. Mais là, je me plaçais dans une perspective autre que celle concernant les N.D.E. Je dois dire que j’ai vécu les années soixante aux États-Unis sans avoir été touché par tout ce mouvement de modifications de conscience par le L.S.D., la marijuana,  etc. J’étais bien trop intellectuel pour m’intéresser à ces choses-là. Donc ce n’est qu’assez récemment, que dans ma propre vie, j’ai moi-même expérimenté les états modifiés de conscience.

    Voici quelques années, j’ai été très gravement malade et on avait pronostiqué que je ne vivrais pas encore très longtemps. En fait, on a finalement diagnostiqué un cas d’hypothyroïdie très poussé. Mon cas était si grave que je suis tombé durant plusieurs années dans un état proche de l’hibernation jusqu’à ce que l’on comprenne ce qui se passait dans mon corps. En temps normal, je suis quelqu’un plein d’énergie, avec beaucoup d’activités, mais pendant cette époque j’étais extrêmement lent, très fatigué. J’ai commencé alors à expérimenter des états modifiés par l’hypnose, la relaxation. Pendant la période de récupération où je me soignais, après cette maladie, je suis allé en effet en repos chez des amis dont la femme psychologue clinicienne, est très intéressée par l’hypnose et les régressions dans les vies antérieures. Pendant un de ces séjours, elle m’a invité à faire un de ces « voyages ». Je l’ai fait et j’ai été complètement fasciné par ce que j’ai vécu. J’ai commencé moi-même à guider ces « voyages » en les proposant à mes étudiants et à d’autres personnes. Je dis dans mon livre, et je tiens à le souligner, que c’est tout à fait impensable et même ridicule de croire que ces expériences peuvent suggérer les preuves de l’existence de la réincarnation. Mais du point de vue individuel, ces expériences sont vraiment fascinantes en ce qui concerne les voyages intérieurs, ce que l’on découvre à l’intérieur. Ce ne sont pas des preuves que nous vivons après notre mort, mais effectivement cela peut avoir des vertus thérapeutiques comme vous le disiez.

    Dans une des grandes œuvres classiques des religions orientales, Le livre des morts tibétain, je crois, on dit que dans la recherche spirituelle d’un individu on peut arriver, à un moment, à rencontrer ces vies antérieures et que l’attitude juste à adopter est de bien en prendre note mais de ne pas s’y attarder…


Les différentes recherches sur les N.D.E. que vous avez faites, comme le phénomène d’études que vous avez déclenché, ont-elles provoqué chez vous une réflexion plus profonde sur le sens de l’après-vie ? Vous ont-elles, comme vous le dites de Kenneth Ring, porté à vous intéresser davantage à la spiritualité ?

    Tout à fait. Personnellement, pour moi, je ne doute en aucune façon qu’il existe une vie après la mort, comme je n’ai aucun doute que nous sommes ensemble, ici, autour de cette table. Mais il faut que tout le monde comprenne, quand je dis cela, qu’il s’agit d’un jugement subjectif, c’est-à-dire de mon cœur et non pas de mon intellect et que je ne voudrais en aucun cas essayer d’en persuader quelqu’un.


S’appeler Raymond Moody, aujourd’hui, qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Cette notoriété a-t-elle été, notamment, ressentie par vous comme porteuse d’une certaine responsabilité ? Est-ce difficile à porter ?

   Oui, cela apporte une certaine charge à assumer. Cela n’a pas toujours été facile. Au début, j’étais quelqu’un d’assez intériorisé, introverti, et cet intérêt suscité autour de ma personne a été difficile à vivre pour moi.

Une partie de l’image que j’ai de moi-même est celle d’un journaliste. Je m’explique. Je suis quelqu’un qui aime être sur la piste de nouvelles découvertes et les faire apparaître. Ce que j’ai le plus apprécié dans ma vie c’est cette participation à des découvertes d’idées nouvelles : j’aime y réfléchir, en parler, les écrire, et puis aider aussi d’autres personnes dans de nouvelles recherches.

    Donc, je crois que je suis arrivé à un moment où j’ai fait la paix avec cette notoriété car elle constitue un moyen d’entrer en contact avec de nouvelles personnes et de continuer à travailler dans ce mouvement de recherches, de découvertes.

    Pour vous donner un exemple précis, (je pense que vous n’avez pas ce problème ici, en Europe), aux États-Unis existent des personnes qui s’appellent des chrétiens fondamentalistes. À leur avis toute cette partie de recherches est d’essence diabolique ! Au début, après la publication de mon livre en 1975, quand je commençais à entendre les réactions de ces gens-là qui disaient que je travaillais avec le diable, je ne comprenais pas bien ce qui m’arrivait. Mais je pense que maintenant je suis un peu plus à même de me servir du bon sens, d’humour. Et c’est très bien que je possède déjà cette expérience car les documents que je viens de publier vont susciter une nouvelle vague d’accusations. Mais je pense que, maintenant, étant un peu plus mûr, je pourrai mieux faire face.


On cite fréquemment dans ce type d’entretien le mot de Malraux disant : « Le XXIe  siècle sera mystique ou il ne sera pas. » Qu’en pensez-vous ?

    Je pense qu’il a absolument raison. Je crois que c’est aussi ce que voulait dire Vaclav Havel dans la citation que je rappelais tout à l’heure. Nous vivons actuellement dans un monde où un tout petit nombre de personnes déséquilibrées ou fanatiques est capable de construire une bombe atomique qui peut nous détruire tous. Il me semble assez évident que, si l’on n’arrive pas à une situation où chaque individu développe sa capacité d’amour, si l’on n’arrive pas à s’aimer les uns les autres, on court à une destruction mondiale. Si le monde veut survivre, chacun de nous tous a besoin d’arriver à cet état dont parlent les grands mystiques comme sainte Thérèse, saint Jean de la Croix, saint François. Et je pense curieusement que cela sera possible.

(RAD n° 110 - février 2007)