Sylvie Déthiollaz et Claude Charles Fourier
SYLVIE DÉTHIOLLAZ 
CLAUDE CHARLES FOURIER


Sylvie Déthiollaz (docteur en biologie moléculaire) a créé Noêsis (Centre d'étude et de recherche noétique, à Genève), qu'elle anime avec Claude Charles Fourier (psychothérapeute). Ils y reçoivent de nombreuses personnes ayant vécu des états modifiés de concience et notamment des expérienceurs. Ils donnent aussi des conférences.

ouvrage :  États modifiés de conscience 2011 (éd. Favre)



Entretien
(Revue de l'au-delà N° 157 - mai 2011)

RAD Comment avez-vous été amenée, Sylvie Déthiollaz, à créer Noêsis ?

Sylvie Déthiollaz Quand je me suis intéressée aux NDE, poussée sans doute par ma formation scientifique, j’ai d’abord cherché, mais sans succès, des instituts, des laboratoires étudiant ces phénomènes. Par la suite, je me suis aussi rendu compte du problème de communication que rencontraient les témoins, qui se retrouvaient souvent seuls pour assimiler les conséquences de ces expériences bouleversantes. Assez vite, j’ai compris que si ce que je cherchais n’existait pas, c’était à moi de le créer. D’où l’idée de ce centre permettant de faire de la recherche sur la base des témoignages et d’apporter une structure d’accueil et de soutien à ceux qui vivent ces phénomènes.

 

Et vous, Claude Charles Fourrier, qu’est-ce qui vous a poussé à collaborer à ces travaux ?

Claude Charles Fourrier. J’ai fait des études artistiques, mais à l’âge de 25 ans, j’ai vécu une expérience d’état modifié de conscience (EMC) assez traumatisante. J’ai suivi une thérapie, puis enchaîné des pratiques de développement personnel, des stages, des séminaires, à la suite de quoi j’ai vécu d’autres EMC qui sont venus compléter ce que j’avais déjà touché du doigt. Peu à peu, j’en suis venu à la notion d’aide et aiBateau de la CGN travaillé en cabinet privé à Paris, puis dans la région du Léman, où j’ai rencontré Sylvie Déthiollaz et d’un commun accord, depuis 2004, nous avons décidé de collaborer ensemble dans le cadre de Noêsis.

 

Qu'est-ce qu’un état modifié de conscience (EMC), le sujet de votre livre ?              

C. C. F. C’est tout état qui diffère de l’état vigile habituel, c’est-à-dire de l’état dit « normal », qui nous permet d’appréhender notre environnement avec un mode de fonctionnement adapté et rationnel. En fait, la limite est parfois très subtil : la rêverie, boire de l’alcool, fumer une cigarette sont déjà des états modifiés de conscience, mais ils sont courants, on pourrait même dire ordinaires. Ensuite il existe des états plus complexes et aussi plus rares. Nous les appelons justement non ordinaires pour les différencier de ceux plus banals comme le rêve par exemple.

 

Ce livre est le fruit d’un long travail…

S. D. Effectivement, le fruit de 12 années d’observations, de réflexions, de comparaisons à partir des témoignages que nous avons recueillis.

En écrivant ce livre, nous avons cherché à mettre en évidence la vision de la conscience qui se dégageait de tout ce matériel. Car, à travers les EMC, c’est surtout cette dernière qui nous intéresse. Nous avons essayé progressivement de dégager un début de réponse à la question : Qu'est-ce que la Conscience?

Mais ce n’est pas un livre qui se veut scientifique; d’ailleurs un seul chapitre est consacré au bilan des connaissances scientifiques dans ce domaine, alors qu’il est clair que nous aurions pu y consacrer tout l’ouvrage ! Dans les 50 dernières pages, nous entrons même dans des considérations qui se situent bien au-delà des réponses de la science, puisqu'il s’agit du domaine métaphysique, mais toujours en nous basant sur les témoignages reçus à Noêsis.


Est-ce pour cela que vous ne vous êtes pas limités aux seules NDE ?

C. C. F. Il existe une si grande variété d’EMC dans nos témoignages, que de ne parler que d’un seul, nous semblait restrictif. Les NDE sont devenues une sorte de phénomène de mode, on pourrait dire qu’aujourd’hui c’est en quelque sorte l’arbre qui cache la forêt !

 

Ce livre, on l’a déjà compris, insiste beaucoup sur le vécu de l’expérienceur, en quelque sorte sur l’après…

C. C. F. C’est vrai, on insiste beaucoup sur « l’après », mais aussi sur « l’avant ». Une expérience, tant dans son déroulement que dans son contenu et son interprétation a posteriori, est influencée par le vécu antérieur de l’expérienceur. Une expérience s’inscrit toujours dans un parcours de vie, et c’est là que l’on peut lui trouver une logique et apporter une aide à l’épanouissement de la personne.

 

…Et sur le travail nécessaire sur soi, que vous avez bien développé dans votre livre.            Leur livre

C. C. F. Il faut assumer son expérience, quel que soit le type d’EMC vécu, et « en tirer la substantifique moelle », comme le disait Rabelais. D’où parfois une nécessité d’accompagnement et aussi de soutien pour ceux qui ont du mal à l’intégrer en eux-mêmes, et dans leur vie.

 

D’autant que la NDE a été un peu idéalisée, si j’ai bien compris !

S. D. Effectivement, il existe beaucoup d’idées reçues sur les NDE. En général, les gens retiennent uniquement que l’on revient transformé d’une telle expérience. Ce qui est exact, puisque les expérienceurs ont une vision du monde complétement modifiée, avec un nouveau système de références, de nouvelles priorités, des valeurs plus spirituelles. Tout cela est vrai, mais, après l’expérience, tout un chemin est nécessaire à faire pour concrétiser cela dans sa vie.

Quand j’ai commencé à rencontrer des témoins, j’ai été surprise de me trouver parfois face à des personnes très perturbées, quelquefois même plongées dans des états dépressifs profonds. Mais bien sûr, comme attendu, d’autres vivaient très bien leur expérience. Par la suite, nous avons pu faire le même constat pour d’autres états modifiés de conscience moins étudiés.

Beaucoup de gens préfèrent s’en tenir à l’idée de la NDE, tout à la fois belle et magnifique et qui rassure sur ce qui se passe après la mort. Pourtant, dire que le retour se révèle parfois difficile, qu'il faudra faire un travail sur soi pour vivre en adéquation avec ces changements de valeur et avec ce nouveau regard qu’on porte sur la vie, n’enlève rien à la valeur exceptionnelle de la NDE, qui demeure une expérience passionnante et fondamentalement transformatrice.


On pourrait presque dire qu’elle constitue une aide donnée à l’expérienceur pour faire son évolution !

S. D. Tout à fait. D’ailleurs, beaucoup de témoins - de NDE ou d’autres EMC - estiment avec le recul que ce n’est pas par hasard que cet événement a eu lieu dans leur vie, et qu’en les obligeant à se remettre en question, il leur a permis de passer un cap.

 

En lisant votre ouvrage, on prend conscience qu’il pourra aider ceux des expérienceurs qui n’ont pas eu toujours les informations souhaitables pour leur épanouissement.

S. D. En écrivant ce livre, notre but était aussi que toutes les personnes qui vivent ces états troublants, perturbants puissent y trouver un outil qui leur permette de mieux les comprendre.

C. C. F. Nous avons essayé d’envisager ces états en gardant les pieds bien sûr terre, afin de les dédramatiser, et d’aider si nécessaire les expérienceurs à revenir dans la réalité.

 

En vous lisant, on est surpris d’apprendre que l’idée de suicide peut rester bien présente dans l’esprit de certains expérienceurs.

C. C. F. Elle reste présente, non pas forcément parce que de l’autre côté c’est plus « beau », mais parce qu’ils retrouvent sur Terre toutes les problématiques anciennes avec leurs souffrances. Pour certains, le contraste est dur à supporter, la vie leur paraissant encore plus grise qu’avant.

S. D. C’est encore une des idées reçues par rapport aux NDE : croire que même si on a eu des idées suicidaires auparavant, après l’expérience celles-ci n’existent plus. Les témoignages que nous avons recueillis contredisent cette idée. En fait, l’envie de se suicider demeurent parfois, mais les expérienceurs savent avec une certitude marquée au fer rouge en eux qu’ils n’ont « pas le droit » de le faire. Ils se retrouvent alors prisonniers de leur détresse et de leur problématique et dans une profonde souffrance.

 

Vous dites assez rapidement avoir assisté à l’incorporation d’une entité qui a délivré un message spirituel. Qu’en avez-vous pensé ?

S. D. Très sincèrement, c’était très impressionnant. Notre ressenti nous indiquait que nous étions en face de quelque chose de surnaturel, même l’atmosphère de la pièce avait changé… C’est pour nous un événement unique, très fort, rendu encore plus troublant par la teneur des propos qui nous ont été adressés ce jour-là, un événement très puissant que nous pouvons donc uniquement rapporter. Car, en tant que chercheur, on ne peut pas en dire grand-chose bien sûr, il aurait fallu mettre des électrodes sur la tête de la personne pour essayer de comprendre ce qui se passait d’un point de vue scientifique…

 

La recherche foisonne dans bien des domaines. Cela est-il vrai aussi en ce qui concerne les EMC ?

S. D. S’il existe un domaine où ce n’est pas le cas, c’est bien celui-là ! Hormis ce qui concerne les NDE et les OBE (sorties de corps), ces phénomènes sont totalement méconnus des neurobiologistes. Par exemple, la plupart ne savent pas ce qu'est un réveil de la Kundalini. C’est d’autant plus dommage que l’on dispose à l’heure actuelle de nouvelles techniques d’investigation très sophistiquées avec l’imagerie cérébrale. Certaines recherches effectuées dans les années soixante-dix mériteraient d’être poursuivies.

C. C. F. C’est aussi très dommageable pour les expérienceurs, car le manque de recherche par rapport à ces Centre Noêsis,Genèvephénomènes a pour conséquence que les témoins ne sont pas pris en considération. Ne pas être considéré, être pris même parfois pour un fou ou un illuminé, peut créer des conséquences psychiques qui n’auraient pas eu lieu si on avait considéré l’expérience autrement qu’une hallucination.

S. D. Derrière ce désintérêt de la science, se cachent aussi des enjeux économiques importants. Aborder, par exemple, la recherche dans le domaine des phénomènes énergétiques, suppose de s’intéresser aux guérisseurs, un domaine qui pourrait remettre en question la médecine traditionnelle et les sommes colossales investies par les laboratoires… Quant aux OBE, remettre en cause le fameux dogme d’une conscience secrétée par le cerveau, aurait des implications très importantes au sein de notre société.

 

Vous avez particulièrement étudié les OBE (sorties de corps) qui ont l’avantage de pouvoir se répéter, même en présence du chercheur. Vous ont-elle paru concluantes ?

S. D. Le but de notre projet est de permettre d‘établir scientifiquement si ces phénomènes correspondent à de véritables sorties de corps ou bien s’il s’agit d’hallucinations. Malheureusement, cette recherche est suspendue, depuis plus d‘un an, faute de financement. Mais nous avons eu quelques résultats spectaculaires. Nous avons acquis la certitude de la réalité du phénomène, mais cela ne peut pas servir de preuve scientifique.

Pour pouvoir exclure totalement le hasard, il faudrait avoir suffisamment de résultats probants. Le problème avec les OBE, comme avec d’autres types de phénomènes, c’est qu’ils restent aléatoires. Certaines personnes parviennent à les provoquer plus ou moins à volonté lorsqu’elles expérimentent chez elles, mais en laboratoire, compte tenu des différentes contraintes, c’est une autre histoire… Malgré nos efforts pour les mettre à l’aise, cela ne marche pas toujours.

C. C. F. Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux candidats, mais aussi d’une nouvelle méthodologie. Car dans ce type d’expérimentation, jusqu’ici, le candidat est un peu considéré comme un « objet » : c’est à lui de s‘adapter au protocole.

À nos yeux, il faudrait plutôt chercher à établir le protocole le plus adapté au phénomène étudié. Il faudrait reconcevoir le problème de la preuve scientifique dans ce domaine, ce qui nécessite un dialogue entre différentes sciences, ce qui ne ce fera sans doute pas du jour au lendemain !

 

Justement, le critère scientifique, tel qu’il est conçu aujourd’hui, est-il bien adopté aux phénomènes du vivant, comme ceux que vous étudiez ?

S. D Non, il ne l’est pas, justement en raison du caractère aléatoire de ces phénomènes qui sont soumis à des influences diverses et que l’on continue à étudier comme s’il s’agissait d’évènements physiques classiques.

Il est évident que la connaissance de la réalité dans sa globalité ne peut pas être appréhendée uniquement à travers des critères scientifiques, mais qu’elle nécessite différents angles d’approches : physique, psychologique, sociologique, philosophique, spirituel, etc. L’avenir de la recherche dans ces domaines passe par une approche pluridisciplinaire. Or, aujourd’hui, on est dans le cloisonnement, chacun travaille de son côté, et cela est vrai dans tous les domaines de la recherche. Et malheureusement, pour l’heure, seule une validation scientifique est censée déterminer ce qui existe et ce qui n’existe pas…

 

Parlez-nous, pour terminer, des groupes de discussion de Noêsis ?

C. C. F. A ces réunions assistent des expérienceurs de toutes les catégories d’EMC. Il y a beaucoup de respect les uns envers les autres. Y participent aussi des non-expérienceurs, comme hier un médecin et un biologiste et parfois des psychiatres. Évidemment, ces derniers sont parfois surpris de l’ambiance et de ce qu’ils entendent ! C’est très vivant.

Pouvoir communiquer, échanger, discuter ou simplement écouter est une chose très importante pour les personnes qui viennent à Noêsis. Pour certains, ce n’est pas seulement instructif, leurs émotions se libèrent, c’est comme s’ils existaient tout à coup à part entière. Ça se voit, en fin de séance, comme hier soir, par exemple, les visages changent, on sent même une certaine euphorie.


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(n° 168) :

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-10 Rencontre avec : Père André-Marie 14 rubrique : Un dernier adieu par Étienne Drapeau- 16 témoignage :  L'énigme des motricités posthumes - 20 Les états modifiés de conscience : Les expériences de mort partagée : vivre l'EMI de l'autre par Sylvie Déthiollaz et Claude Charles Fourrier  21 Chronique : Une consultation qui fait chaud au cœur par le Dr Jean-Jacques Charbonier - 22 le bloc-notes : Le pouvoir de la pensée par Bruno Lallement - 22 message d’Isabelle - 23 prières : Prière objiwa - 24 messages : Message de père Pio25 bénédiction : la bénédiction universelle

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